À l’heure où les sources de distraction sont multiples et omniprésentes dans notre quotidien (smartphone, pensées, émotions…), il existe des astuces efficaces pour accompagner son ado et lui apprendre à y résister.
1. Pourquoi est-il particulièrement difficile pour un·ou une ado de résister aux distractions ?
Excellente question ! Car non, les ados ne le font vraiment pas exprès. À l’adolescence, le cerveau est encore en développement. La zone située sous le front, appelée cortex préfrontal, n’est pas encore arrivée à maturité. Or, cette partie du cerveau joue un rôle majeur dans la planification, la prise de décision et surtout l’inhibition. L’inhibition, c’est notre capacité à résister à une impulsion ou à une tentation. Cette fonction, essentielle pour résister aux distractions, est donc encore en construction à l’adolescence.
Dans le même temps, les systèmes cérébraux liés aux émotions, au plaisir et aux gratifications sont déjà matures et particulièrement actifs. Les ados se retrouvent ainsi dans une situation où on leur demande de résister à des sollicitations puissantes et répétées (notifications, likes, jeux, vidéos courtes, plaisirs immédiats, etc.) avec un système de contrôle encore en chantier. Si l’on ajoute que les émotions sont ressenties plus intensément à cet âge et que le regard des autres prend une place très importante, on obtient un cocktail compliqué à gérer, mais tout à fait naturel.
2. Quels conseils donner à son ado pour ne pas être distrait en permanence par son smartphone ?
Le premier conseil serait de ne pas entrer immédiatement dans une guerre totale contre le téléphone. Le smartphone ne sert pas uniquement à se divertir : il permet aussi de rester en lien avec ses ami·es, de gérer son agenda, de visionner une série, de chercher une information ou même encore de calmer une émotion, par exemple en écoutant de la musique. Alors avant de s’attaquer à ce sujet, il est donc intéressant d’aider son ado à observer pourquoi il ou elle prend son téléphone, ce qu’il ou elle y fait, combien de temps il ou elle pense y rester et combien de temps il ou elle y reste réellement.
Une fois que l’on a commencé à réfléchir ensemble à la place occupée par le smartphone, il devient possible de mettre en place des actions concrètes, comme :
Tout cela permet de s’orienter progressivement, non pas vers une interdiction globale impossible à tenir, mais vers une régulation plus consciente des usages et une diminution progressive de la présence et de la saillance du téléphone.
3. Pourquoi est-il important de montrer l’exemple en tant que parent ?
Le modèle est important parce que les ados sont très sensibles à la cohérence du cadre. Il leur est difficile d’entendre : « Pose ton téléphone quand tu travailles », s’ils ou elles nous voient consulter régulièrement le nôtre, répondre à des messages pendant une conversation ou nous laisser interrompre en permanence par des notifications.
Il ne s’agit évidemment pas d'être des parents parfaits. Il s’agit avant tout d’être crédibles et cohérent·es, en reconnaissant que nous aussi, adultes, nous pouvons nous déconcentrer, avoir du mal à réguler notre usage des écrans et devoir mettre en place des stratégies pour réduire l’impact de nos téléphones.
Montrer l’exemple permet aussi de sortir d’un discours vertical du type : « Moi, je sais et toi, tu dois obéir », pour entrer davantage dans une forme de travail collaboratif. Nous devons toutes et tous apprendre à protéger notre attention. En revanche, nous n’avons pas les mêmes contraintes ni le même quotidien, et il est évidemment important de l’expliquer. Mais nous devons aussi être capables de mettre notre téléphone hors de portée pendant un temps si nous demandons à nos ados de le faire. Ils et elles doivent pouvoir observer que nous essayons, nous aussi, de gérer les distractions, avec nos réussites et nos difficultés.
Cette posture est fondamentale pour rendre nos demandes plus crédibles et parfois apaiser le climat familial.
4. Dans le livre, vous proposez de mettre en place des routines en famille. En quoi sont-elles efficaces pour améliorer l’attention au quotidien ?
Les routines sont efficaces parce qu’elles réduisent le coût cognitif de l’entrée dans la tâche. Sans routine, chaque soir, chaque temps de devoirs ou chaque chose à faire peut devenir une nouvelle négociation avec son propre cerveau : quand commencer, par quoi commencer, où poser le téléphone, combien de temps travailler, etc.
Chaque décision supplémentaire a un coût mental. Elle contribue à créer du flottement et augmente donc le risque de se laisser distraire ou de décrocher. Une routine aide le cerveau à se mettre en route plus facilement. Bien évidemment, elle ne garantit pas que les ado seront motivé·es à 100 % et se mettront immédiatement au travail. Mais elle augmente la probabilité qu’ils ou elles s’engagent dans la tâche.
En revanche attention, une routine n’est pas un programme strict et figé dans le marbre. C’est un cadre clair, explicite et réaliste, compatible avec la vie quotidienne, y compris les jours de fatigue ou de tension. Et elle doit surtout être révisable : une routine a besoin d’être testée sur le terrain, dans un partenariat entre parents et ados, puis ajustée régulièrement pour être améliorée.
Enfin, elle ne doit pas reposer entièrement sur notre mémoire ou celle de nos ados. Il faut la rendre visible, par exemple grâce à une checklist, une affiche ou un rappel, afin que les ados puissent progressivement se l’approprier et l’utiliser de manière autonome.
À terme, les routines aident ainsi à protéger l’attention et contribuent à réduire les tensions générées par certains moments de la vie familiale.
Pour en savoir plus, le livre Un ado concentré, c'est possible de Frédéric Guilleray parait en librairie le 27 aout.
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